«Je t’aime mieux que je ne croyais, Bertrande, et je tiens à te le dire.
«A bientôt.
«Embrasse Claudinet pour moi.
«Ton
«Gilbert.»
Lettre brève. Mais que de choses en ces courtes phrases! Celle qui les reçut ne s’y trompa pas. Elle en pleura d’ivresse et d’espérance.
Dès le lendemain, Gairlance de Villingen faisait face à ses embarras effrayants, comme un cerf forcé qui se retourne contre la meute.
Il envisagea les quelques rares moyens de gagner de l’argent offerts à un homme dont toutes les facultés n’ont été exercées qu’en vue du «chic», dans la vie sportive et mondaine. L’automobilisme le tenta, par la réclame et la hardiesse. Son nom en vedette dans des courses serait une bonne fortune pour une société de fabricants. Et son intrépidité bien connue leur garantirait plus d’une victoire. Le danger des épreuves ennoblit l’entreprise mercantile. Et, d’ailleurs, l’engouement de la mode, acclamant les héros de la vitesse, ne distingue pas l’amateur du professionnel. Saurait-on s’il courait par intérêt ou par plaisir? Puis, que lui importait, maintenant? Pour avoir été trop soucieux de l’opinion, pour avoir trop souffert de son brusque dédain, une rage le prenait de la braver.
Peu de temps après, le prince de Villingen, courtier d’affaires pour la Société des Automobiles du Nord, vainqueur de la course Bruxelles-Dantzig, champion du monde pour le record de l’heure, commençait à penser qu’il aurait eu le plus grand tort d’abandonner une existence féconde encore en émotions amusantes et en ressources. Sa nouvelle carrière et les fréquentations qui en résultaient n’étant pas faites pour le guérir de la passion du jeu, il risquait parfois ses gains sur les hippodromes ou au baccara. Mais la chance le favorisait. Événement incroyable pour lui: il payait ses dettes.
Puis, autre chose contribuait à le réconcilier avec son sort. Ses malheurs lui avaient fait goûter le prix d’une véritable tendresse. Il s’attachait à Bertrande. Et, plus qu’il ne voulait l’avouer, le petit Claude lui tenait au cœur. Il les avait rapprochés de lui, en installant dans un gentil logement de la rue du Rocher l’ouvrière en dentelles. La jeune femme réussissait de son côté. Elle parvenait maintenant à vendre presque à leur prix les guipures admirables que ses doigts de fée exécutaient.