Gilbert lui disait:

—«Il faudra bien pourtant qu’un jour tu finisses par m’aimer assez pour accepter tout de moi.»

A ceci, elle souriait sans répondre. Et quand il ajoutait:

—«Que dois-je donc faire pour obtenir cela de ma petite obstinée?»

Elle ne lui disait plus comme au début de leur idylle:

—«Quand je serai ta femme.»

Car elle avait mesuré la folie de ce rêve. Même diminué socialement, un prince de Villingen ne pouvait épouser une pauvre fille comme elle. Le lui eût-il proposé, aujourd’hui qu’elle connaissait mieux la vie, peut-être l’en eût-elle, au contraire, empêché, par dévouement. Mais il n’en était pas question. Aucun projet, même de vie commune, n’avait été entrevu par les amants. Gilbert gardait son indépendance et Bertrande sa réserve, au point que la jeune Bretonne n’était pas seulement venue encore rue Cambacérès, quand, un matin, elle y fut appelée par un télégramme du prince, qui se déclarait très malade.

L’accueil du vieux Denis la rassura un peu. Mais, au chevet de Gilbert, son cœur se serra.

Le jeune homme avait une fièvre violente, la figure empourprée, la voix éteinte, et, par moment, il toussait, avec des contorsions de souffrance, comme si cette toux avait déchiré toutes les fibres de sa poitrine. Il avait attrapé une pneumonie en conduisant une machine à toute vitesse, contre un vent glacial, s’étant peu couvert, sous prétexte qu’on se trouvait au commencement de juin.

—«Un juin qui ressemble à février,» observa Bertrande.