Elle releva la tête.

—«J’ai fait pénitence,» reprit-elle. «J’ai prié. J’ai pleuré. Mais Dieu n’a pas eu en grâce mon repentir. Il me frappe aujourd’hui plus durement que jamais.

—Comment cela?

—Hélas! mon acharnement à démêler ce mystère coûte peut-être la vie à mon fils.

—A votre fils! Le malheureux connaît-il vos erreurs et le secret de sa naissance?

—Non. Il ignore tout, sinon qu’il existe dans la famille de Valcor un secret qui, s’il n’est éclairci, le séparerait à jamais de celle qu’il aime. Avec ce fragment de vérité, j’ai chargé mon Hervé d’une mission dont, peut-être, n’ai-je pas assez prévu tous les périls. Depuis longtemps je n’ai plus de ses nouvelles. C’est à sa recherche que je vais, prête à braver moi-même tous les dangers. Voici pourquoi, enfin, je me suis confiée à vous, mon Père. Il se peut que, là où vous allez, vous retrouviez la trace de mon pauvre enfant.

—Dans les forêts de l’Amazone?

—Oui, dans ces régions se passa le drame où périt, sans doute, le véritable marquis de Valcor. Cette Valcorie, son domaine, ses fameuses exploitations de caoutchouc, confinent à la Selve sauvage.

—Et vous avez envoyé votre fils?...

—Je l’ai envoyé pour suivre, pour surveiller un messager secret, que monsieur de Valcor expédiait lui-même là-bas. J’avais réclamé au marquis, comme preuve de son identité, un anneau d’or, souvenir de notre amour. Cet anneau, que le Renaud d’autrefois m’avait donné, je le lui avais rendu lors de nos adieux. Il l’avait passé à son petit doigt, jurant de ne s’en séparer jamais. Je le savais homme à tenir ce serment. Le Renaud d’aujourd’hui me déclara qu’il possédait toujours ce gage et qu’il le placerait sous mes yeux. Sur mon insistance, il me demanda du temps, me parla d’un endroit sûr où il avait laissé le bijou en dépôt. Déjà marié, il était retourné en Amérique, et, pour que jamais le souvenir sacré, mais embarrassant, ne tombât aux mains de sa femme, il l’avait mis en sécurité là-bas. Il allait, m’assura-t-il, charger un messager de confiance de le lui rapporter. Je sus ensuite qu’il fit partir aussitôt un individu d’assez fâcheuse réputation, un contrebandier sans peur et sans scrupule, capable, d’ailleurs, de se faire tuer pour lui, ou de commettre des crimes sur son ordre. Je soupçonne ce Mathias Gaël d’avoir emporté des instructions atroces. Le véritable marquis de Valcor, assassiné jadis, dut être enseveli avec cet anneau qu’il avait juré de garder à son doigt.