A travers la lande, sous la nuit assez claire, le pseudo-marquis de Valcor se dirigeait vers le dolmen de Kerg’houât. Il en connaissait bien l’emplacement. Autrement il aurait eu quelque peine à distinguer, dans l’ombre, l’immense pierre, aplatie presque au ras du sol.

Comme il en approchait, il éprouva une impression bizarre. Il lui sembla voir ramper quelque chose de noir sur la noirceur de l’herbe. Il tressaillit, s’arrêta, attentif. Mais il ne distingua plus rien de mouvant, n’entendit aucun bruit. Sans doute, une touffe de genêts s’était agitée dans un souffle du soir.

Bertrand Gaël haussa les épaules, comme si maintenant peu lui importait à quel piège suprême le prendrait l’Inévitable.

Il tourna autour du dolmen, pour trouver l’ouverture de cette espèce de petite caverne artificielle. Sauf d’un côté, la terre et les plantes sauvages obstruaient les intervalles des piliers.

Qui eût vu le marquis de Valcor se baisser, se couler presque, à travers l’espace étroit laissé entre le sol et la table de granit par l’enfoncement des piliers, se fût demandé ce qu’un tel personnage, fabuleusement riche, haut titré, député de son arrondissement, pouvait bien avoir à faire, la nuit tombée, dans ce monument barbare, refuge des mulots, des araignées et des couleuvres. Une fois à l’intérieur, il tenait tout juste debout.

Dans l’obscurité totale du lieu, une voix chuchota:

—«C’est vous, marquis?

—C’est moi, dit Bertrand Gaël,» en faisant craquer une allumette-bougie, qui éclaira la figure de Sornières.

La flamme palpita, s’éteignit. Les deux hommes restèrent dans le noir.

—«Qu’attendez-vous pour quitter la France?