—«Bonsoir, ma mère,» dit une voix pleine de tremblante douceur.
L’aïeule recula devant celui qui entrait.
—«Taisez-vous!» ordonna-t-elle rudement. «Je ne reconnais pas mon fils dans le marquis de Valcor.
—Reconnaissez-le,» implora-t-il. «Reconnaissez-moi, mère... Je suis Bertrand... votre enfant... Il n’y a plus de marquis de Valcor.»
La mâle silhouette impérieuse fléchit, un genou en terre.
—«Que voulez-vous dire?» balbutia la vieille femme, qui s’inclina, éperdue, vers la belle tête, courbée et découverte—cette tête secrètement chérie, où, sous les cheveux grisonnants, elle revoyait toujours la grâce enfantine de son premier-né.
—«Je veux dire, mère, que j’ai laissé là-bas, sous le dolmen de la lande, mon masque d’imposture. Je vais expier. Je vais mourir. Et je bénis cette mort, parce qu’elle me permet,—enfin!—de me jeter à vos pieds, de vous demander votre maternel pardon, de vous appeler «maman!»... sans que vous me l’interdisiez. Car une mère pardonne à son enfant qui meurt. Je ne mens plus... Mes lèvres ont le droit de vous nommer. Je suis Bertrand... votre Bertrand... Embrassez-moi, ma mère!...
—Tu vas mourir!...» cria-t-elle.
De ses bras, elle l’enveloppa, comme lorsqu’il était petit et qu’elle craignait pour lui quelque mal. Les vieilles lèvres baisèrent le front orgueilleux et adoré, où tant de fois elles avaient eu soif de s’appuyer avec des murmures de tendresse et de pardon.
Tous deux s’étreignirent longtemps.