Sur l’étroite place, devant l’église, les curieux se pressaient. Sous le porche, des commissaires réclamaient les lettres d’invitation pour permettre d’entrer.
—«J’ai oublié la mienne,» dit un jeune homme fort élégant, «Mais peu importe.
—Pardon,» fit le suisse avec majesté, «la consigne est formelle.
—Laissez donc, prince,» dit un individu à teint olivâtre, qui accompagnait le jeune homme. «Qu’avons-nous besoin d’assister à la cérémonie?»
A ce mot de «prince», les aiguillettes noires frémirent sur la grande tenue funèbre du suisse. Un commissaire s’avança, obséquieux.
—«Mon Dieu... Si ces messieurs veulent passer. Mais en se dépêchant un peu. Voici le cortège qui arrive.»
Le prince Gilbert Gairlance de Villingen, et son compagnon, le métis bolivien, José Escaldas, pénétrèrent dans la nef, puis, tournant aussitôt, s’enfoncèrent dans un des bas-côtés.
—«C’est de la folie!» murmurait le second. «Que pensera-t-on de nous voir ici?»
L’autre ne daigna même pas répondre. Une expression tendue, âpre, sardonique, gâtait cette physionomie de joli garçon à la mode, qui devait sa séduction, outre ses beaux yeux câlins et sa brune moustache conquérante, surtout à sa grâce cavalière, que sa mine maussade compromettait fort pour le moment.
Dans l’église fourmillante de monde, entre les hautes draperies noires écussonnées, parmi le palpitement des petites flammes jaunes des cierges, le parfum lourd de l’encens et des fleurs, sous le cri des orgues, s’avança Renaud de Valcor.