Le gamin tourna la tête, ricanant un peu, impressionné tout de même. Il vit une toute jeune femme, excessivement jolie, mais pâle, vêtue ainsi qu’une ouvrière, et qui tenait un petit enfant dans ses bras.
Comme il reportait les yeux sur le marquis de Valcor, il observa que celui-ci, malgré le recueillement de sa douleur, vraie ou feinte, venait—attiré, eût-on dit, par un aimant secret—de tourner son regard de leur côté.
Une sorte d’éclair moral jaillit entre ce grand seigneur et la modeste spectatrice de son malheur pompeux. La même commotion les secoua. Quelque chose d’infiniment triste, plus poignant à observer que son chagrin d’apparat, passa sur le visage du marquis. Il eut, lui qui suivait le cercueil de sa femme, un incroyable, bien qu’imperceptible, mouvement, comme pour s’arrêter, avec un appel muet de toute la physionomie.
Ce fut une seconde...
Le grand char couvert de fleurs avançait, avec une légère oscillation de son dôme empanaché. Le dos si droit, la tête un peu inclinée du veuf, se virent encore un instant. Puis ce fut le piétinement d’un long troupeau, formes sombres, épaissies de lourds vêtements, pelisses de fourrure, cols relevés, tubes de soie coiffant également tant de têtes inégales.
Dans la double haie, au bord des trottoirs, coururent des noms de personnages connus: des députés, collègues du marquis, des sénateurs, des académiciens plus ou moins ducs.
Le gavroche, gouailleur, examinait sa voisine:
—«Mince!» lui dit-il tout à coup, «je parie qu’en ce moment il pense à vous plus qu’à sa défunte, le beau marquis.» Et il ajouta, se tapant la cuisse, comme réjoui intérieurement:—«C’est rigolo, ça, tout de même!»
La jeune ouvrière, avec un peu de rose maintenant sur sa pâleur, s’occupa de son bébé sans avoir l’air d’entendre. Elle aurait voulu s’en aller, mais les rangs se serraient derrière elle, tandis que, sur la chaussée, défilaient un équipage, avec ses lanternes allumées sous le crêpe, et dont les chevaux s’impatientaient d’aller au pas, puis les lourdes voitures de deuil, que dominaient les chapeaux napoléoniens des cochers et leurs épaules à aiguillettes d’argent.
Tout cela disparut peu à peu, lentement, au tournant d’une petite rue qui conduit à Saint-Thomas d’Aquin.