La voix s’éleva un peu dans l’animation de la dernière phrase. De nouveau, ceux qui les entouraient manifestèrent leur mécontentement.

On s’étonnait de ces deux hommes, si peu faits, d’après l’apparence, pour frayer ensemble, et qui semblaient apporter là des préoccupations singulièrement profanes.

Mais le susurrement d’autres conversations particulières montait de divers points de l’église dès que les orgues se taisaient. Ce troublant procès Valcor avait mis en jeu tant de passions! Dans ce lieu sacré même, et devant un cercueil, elles s’agitaient, se heurtaient.

Cependant le maître des cérémonies, s’inclinant à droite, puis s’inclinant à gauche, engageait, par une mimique muette, les membres de la famille à poursuivre la mise en scène funéraire.

Renaud de Valcor prit le goupillon, et, d’un geste respectueux, mais impassible, traça dans l’air une croix devant le monceau de fleurs où se cachait le catafalque. Puis il remit à sa fille l’objet consacré. Micheline le souleva d’une main défaillante. Sous son voile de crêpe, on ne distinguait pas ses larmes. Mais toute sa personne souple, svelte, aux lignes mouvantes et expressives, semblait chancelante et écrasée de désespoir.

Le défilé commençait. La Marche funèbre de Chopin exhalait ses magnifiques et effrayants soupirs, qui s’arrachent du tréfonds des entrailles humaines et ne s’éteignent qu’à bout de souffle.

Le prince de Villingen et son compagnon se hâtèrent vers la sortie.

Sous le porche, n’osant, ne pouvant entrer, mais, absorbant des yeux et des oreilles tout ce qui s’exhalait hors de cette nef endeuillée, avec les lueurs des cierges contre les noires tentures et la voix poignante des violons, une jeune femme se tenait. C’était la jolie ouvrière, portant un bébé dans ses bras, qui, tout à l’heure, dans la rue du Bac, avait éveillé l’observation malicieuse d’un gamin.

Gilbert de Villingen vit cette femme, tressaillit, hésita, puis fit deux pas vers elle, le visage contracté.

—«Bertrande, que fais-tu là?» dit-il durement.