Une porte intérieure, poussée contre, seulement, s’écarta, laissa voir une silhouette mince, un visage pâle, des cheveux d’un blond délicat.
—«Chut!... monsieur Escaldas... Si mon père vous entend, il va vous défendre d’entrer.
—Mademoiselle, par pitié pour vous, recevez-moi. Vous ne savez pas de quel intérêt il s’agit,» insista le Bolivien, baissant le ton.
La jeune fille restait interdite, ne voulant pas, n’osant pas... A la fin le désir de savoir fut le plus fort.
—«Venez par ici,» fit-elle, tout en mettant un doigt sur sa bouche à l’intention de la domestique.
Ils suivirent un corridor obscur—court d’ailleurs. Puis la clarté reparut. Mlle de Plesguen introduisit le visiteur dans une petite pièce qui tenait de la lingerie, de la salle d’études et du cabinet de débarras. De hautes armoires, fixées au mur, en remplissaient une partie. Il y avait un petit bureau, où l’on avait dû récemment écrire, et, devant la fenêtre, une table à ouvrage avec une tapisserie commencée. Le bruit du marteau scandait la paix vieillotte et attristée de cette espèce de boudoir pauvre, et de cette demeure tout autour, calme dans une rue calme, avec l’amas des souvenirs entre ses murs noircis.
La jeune maîtresse de céans ferma la croisée, ouverte malgré la saison pour faire reprendre le feu dans la grille d’une petite cheminée. Les coups de marteau résonnèrent plus sourds.
—«Asseyez-vous, monsieur,» dit la jeune fille avec une politesse froide.
Françoise de Plesguen avait perdu cette grâce mignarde et rieuse, qui, à seize ans, lui donnait l’air d’une espiègle figure de Watteau. Elle en avait moins de vingt, et, déjà, la jeunesse s’effaçait sur ce fin visage, par l’expression fiévreuse, douloureuse, tendue. Le teint plombé, l’éclat durci des yeux clairs, gâtait irrémédiablement une beauté qui n’eût été, au mieux, que celle «du diable», mais qui aurait paru réelle avec de la fraîcheur et de la gaieté.
Les yeux d’Escaldas s’attachèrent, en un étonnement visible, sur la robe noire, sans un fil de lingerie blanche, qui amortissait encore cette physionomie éteinte.