—«Je porte le deuil de ma tante, qu’on a enterrée aujourd’hui, sans que je puisse me joindre à ceux qui la pleurent,» expliqua Mlle de Plesguen, avec une amertume rancunière.
—«Votre tante!» s’exclama le Bolivien.
—«Le marquis de Valcor est mon oncle à la mode de Bretagne, le cousin germain de mon père,» reprit-elle, les lèvres pincées.
—«Alors, moi,» dit Escaldas ironiquement, «j’ai échafaudé une histoire insensée, j’ai fait des faux pour vous réintégrer, vous et votre père, dans une fortune et dans des droits héréditaires que j’aurais prétendu à tort vous avoir été escroqués. Pourquoi?... Pour une commission sans doute. A-t-il jamais été question, entre nous, d’une telle commission?
—Si le fait eût été exact, naturellement, notre reconnaissance...»
Escaldas ricana.
—«Mais,» poursuivit-elle, «vous nous avez entraînés dans un abîme de honte et de remords. Mon père en meurt. Quant à moi...»
Un affreux tressaillement de souffrance passa sur cette jeune figure.
—«Mademoiselle,» dit le Bolivien, avec un accent d’une force impressionnante, «je ne puis vous faire des serments. Vous ne croiriez pas aux invocations les plus sacrées, dans la bouche d’un homme qui n’est ni de votre race, ni de votre caste, sortant de prison sous une inculpation qu’on n’a pu prouver, d’ailleurs, mais à laquelle vous croyez, vous; d’un homme, envers lequel vous n’avez maintenant que défiance et mépris. Cependant, regardez-moi, écoutez-moi... Aussi vrai que j’ai eu une mère, aussi vrai que rien ne me ferait blasphémer sa mémoire, je suis absolument certain qu’il n’y a pas de marquis de Valcor, en dehors de votre père, monsieur de Plesguen. L’homme qui porte ce titre est un imposteur. En apparence, et seulement en apparence, il a réfuté ou esquivé les preuves que je vous avais fournies. Ces preuves restent intactes. Et je les reconstituerai. Si ce n’est pas pour vous, ce sera pour moi. J’y laisserai plutôt ma vie.»
L’âpre sincérité de son accent troubla Françoise. Elle regarda l’homme en silence, puis elle eut un geste découragé.