—Pardon. Je vous savais aimée du prince. Il ne courtisait Micheline que parce que sa situation lui interdisait d’épouser une jeune fille pauvre. Réfléchissez. Se fût-il donné corps et âme à votre cause sans amour pour vous? Avec la moindre préférence pour celle dont vous étiez jalouse, il n’avait qu’à lui garder son dévouement. N’a-t-il pas été l’arbitre de cette affaire? Sans lui, votre père ne s’y serait jamais lancé.»

Raisonnement spécieux. Comment n’aurait-il pas porté la persuasion dans un cœur aussi désireux de croire? Il y manquait un élément, dont l’absence faussait tout: la conviction chez Gilbert, repoussé par Mlle de Valcor, que jamais celle-ci ne consentirait à l’épouser,—conviction qui n’allait pas sans haine et désir de vengeance. Françoise avait entendu, de ses propres oreilles, les déclarations et leur nette réplique. Mais cette idée que le prince était contraint à un riche mariage, lui semblait suffisante pour atténuer aujourd’hui ce cuisant souvenir de son empressement auprès de Micheline.

—«Je n’ai pas besoin de vous rappeler,» continuait le Bolivien d’un accent moelleux, «que Villingen a risqué dans la partie dont vous étiez l’enjeu, les débris de sa fortune. Davantage même. Il s’est couvert de dettes. Ce n’est pas monsieur de Plesguen, ce n’est pas moi, qui pouvions faire certaines dépenses: honoraires des gens de loi, recherches exécutées en Amérique, déplacements de témoins, tels que ce Pabro, qu’on a si étrangement supprimé en route.

—Supprimé?...

—Certes. Ne vous ai-je pas dit que je réunis de nouveaux indices, de nouvelles preuves? Mais vous ne voulez rien écouter sur le fond de l’affaire.»

La pauvre amoureuse ne fit même pas attention à cette dernière phrase. Tout entière aux préoccupations que l’adroit métis avait suscitées en elle, Françoise murmura:

—«Si le prince de Villingen poursuivait autre chose que la chimérique fortune dont il me supposait l’héritière, il n’aurait pas cessé de nous voir dès que tout a semblé perdu. Depuis la validation par la Chambre de l’élection de Valcor, et le désistement de mon père, il n’a pas mis les pieds chez nous.

—C’est ce désistement qu’il ne vous pardonne pas.

—Que lui importe, si ses sentiments sont désintéressés?