Françoise jeta un coup d’œil vers les fleurs,—sans doute si coûteuses pour la saison,—qu’elle venait de remarquer, déposées à quelques pas. Ses yeux se reportèrent vers un petit bouquet de roses du Midi, celles qu’on appelle en Provence du safrano, que Micheline vit alors, elle aussi, jonchant les marches devant le caveau.
—«Je les ai lancées par-dessus la grille, ne pouvant entrer,» dit Françoise, «pour qu’elles soient aussi près que possible de ma pauvre tante. Ne veux-tu pas me permettre de les placer dans la chapelle?
—Non,» fit durement Micheline, «tu profanerais ce lieu sacré, en y pénétrant.»
Ni l’une ni l’autre n’avaient bougé. Mlle de Valcor semblait ne pas vouloir approcher de la tombe de sa mère tant que celle qu’elle accusait d’avoir fait mourir cette mère de chagrin en resterait si proche. Elle ajouta:
—«Puisque tu appelles «ta tante» la victime qui repose ici, c’est donc que tu reconnais l’abomination des calomnies qui devaient ruiner, déshonorer mon père, et dont le scandale n’est pas près de s’éteindre. Quels ne doivent pas être tes remords, en effet!»
Françoise de Plesguen répondit:
—«La vie m’a fait plus de mal que je n’ai voulu en faire à toi ou aux tiens. Je ne sais pas si je me repens. J’ignore même si j’ai à me repentir. Mais je souffre au delà de mes forces. C’est la douleur qui m’a amenée devant cette tombe, pour prier et pleurer. Celle qui vient d’y descendre m’a aimée quand j’étais petite. Je lui ai dû les joies enfantines qui compteront comme ma seule part de bonheur en ce monde. Te rappelles-tu quand elle m’invitait, en été, à Valcor?... Quelle fête!... Mon enfance était si triste auprès de mon pauvre papa mélancolique, dans la médiocrité de notre logis, rue de Verneuil.
—Tu as pourtant oublié cela quand tu nous as déclaré la guerre.
—Oui, je l’ai oublié. Parce que j’étais ivre d’espérances plus fortes que ces pâles souvenirs. Mes espérances ne sont plus. Alors je me souviens.»