—«Tu crois peut-être encore à ton bon droit?
—Ne me force pas à te répondre. Rappelle-toi ce que je t’ai déclaré: je n’ai pas de remords.»
Les grands yeux sombres de Micheline étincelèrent. Françoise eut un petit rire, un de ces rires qui font mal.
—«Laisse donc... Sois satisfaite. Écoute... Si j’ai souhaité d’être une héritière comme toi, c’était pour contenter l’ambition de celui que j’aimais.
—Je savais bien qu’on t’armait contre nous, qu’on te poussait à agir. Malheureuse!...
—Oh! j’ai bien agi par moi-même. Je ne décline pas les responsabilités. J’aimais. J’ai combattu pour mon amour. Peut-être ai-je commis de mauvaises actions. J’aurais fait pire. Tu vois, je suis franche...
—Eh bien?...
—Eh bien, celui pour qui j’entreprenais ces choses hasardeuses, pour qui j’entraînais mon père à une lutte dont il avait horreur,—mon pauvre père, qui en mourra sans doute, comme ta mère en est morte,—pendant ce temps, celui qui était mon but, ma conscience, mon tout, celui qui m’avait donné sa foi, mon fiancé... me trompait, me mentait... Il commettait la pire vilenie qu’un homme puisse commettre. Il séduisait une jeune fille... Une jeune fille qu’il a rendue mère...»
Mlle de Plesguen s’arrêta, puis, presque aussitôt, reprit avec son même rire de tout à l’heure, ce rire qui faisait mal, mais plus strident cette fois: