—Tu m’interdisais d’approcher de la tombe de ta mère.»
Micheline resta un instant pensive. Puis, d’une châtelaine en acier noirci qui pendait à sa ceinture, sous son mantelet de crêpe doublé de loutre, elle détacha deux petites clefs. Elle ouvrit d’abord la grille du monument, se baissa, ramassa sur le seuil les roses de Françoise et les lui rendit.
—«Viens les lui offrir toi-même,» reprit-elle en ouvrant la porte de la petite chapelle.
C’était une véritable niche de verdure et de fleurs. Les feuillages naturalisés laissaient pendre des grappes d’orchidées artificielles, d’une imitation merveilleuse. Parure d’hiver, en attendant que le printemps permît à un jardinier d’entretenir là des plantes vives. Dans les vases, les bouquets de la veille étaient flétris par le froid. Micheline enleva l’un d’eux, et tendant à sa cousine un cornet en verre de Venise irisé d’or:
—«Mets tes roses là-dedans,» lui dit-elle.
Françoise obéit. Elle fit le signe de la croix. Ses larmes jaillirent. Alors elle alla s’agenouiller au dehors, à l’angle des marches, et s’abîma dans une prière.
Mlle de Valcor ôta toutes les fleurs fanées des autres vases. Puis elle alla chercher les chrysanthèmes et les violettes, que son valet de pied avait déposés à quelques pas de là. Elle les arrangea avec autant de soin pour sa mère morte qu’elle le faisait jadis dans le boudoir de cette mère vivante. Elle se tint ensuite debout, recueillie, contemplant les corolles frileuses qui allaient périr là, loin de tous les yeux, dans la nuit glacée, pour qu’une pensée de tendresse filiale s’exhalât, à travers l’insondable inconnu, vers l’âme enfuie. Elle murmura: «Maman!...» Et, sanglotante, elle s’agenouilla, elle aussi, mais dans l’intérieur de la chapelle.
Dix minutes plus tard, comme les deux jeunes filles se retrouvaient dans l’allée, tandis que Micheline refermait la grille, Françoise lui dit simplement:
—«Merci.
—Nos deux chemins ne se croiseront peut-être plus,» dit gravement Mlle de Valcor. «Veux-tu accepter de moi un conseil?