Le religieux eut un lent sourire.

—«C’est parce que la science suffit au vieux continent que je m’en vais dans le nouveau,» prononça-t-il.

—«Puisque vous ne craignez pas la franchise, mon Père,» dit l’incrédule,—qui, par politesse employait cette appellation opposée à son indépendance d’esprit,—«je vous demanderai si c’est une capitulation.

—De la religion devant la science?... Non, monsieur. Nous ne capitulons pas en portant à des peuples primitifs la nourriture spirituelle que vous n’acceptez plus. Le christianisme fut la manne qui permit à vos ancêtres de traverser les déserts de la barbarie et de vous amener aux jardins merveilleux de la civilisation. Vous vous nourrissez d’autre chose... pour le moment.» (Le moine souligna fortement les trois derniers mots.) «Trouvez bon que nous offrions ce que vous rejetez aux pauvres âmes incertaines en marche vers l’avenir.»

La chaude mélodie de l’accent, comme la tranquille sérénité des phrases, gagnèrent la sympathie des auditeurs. Le sceptique lui-même fut séduit. Voulant donner à son contradicteur une marque d’intérêt déférent, il lui demanda:

—«Est-ce que vous vous rendez en mission dans des régions dangereuses, Révérend Père? Vous parlez de porter votre doctrine à des peuples primitifs.

—Aux plus primitifs qui restent encore sur ce globe,» répliqua le moine avec un air joyeux. «Mais je n’y ai nul mérite, et j’y courrai moins de dangers que dans le pays, pourtant si cher, dont je m’éloigne.

—Oh! cependant...

—L’injure, la calomnie, l’arrachement d’une séculaire demeure, la séparation d’avec mes frères, furent des peines plus vives que ne m’en imposeraient ces sauvages, dussent-ils me mettre à la torture. Mais ils n’en feront rien. Ce sont des peuplades craintives et douces, à quelques exceptions près.