—«Je ne devine pas votre pensée, monsieur,» dit-il avec douceur. «Elle est certainement paradoxale, mais encore devez-vous pouvoir l’expliquer. Comment la vie éternelle,—assurée aux hommes par la religion,—démentirait-elle cette religion même?
—Parce que cette vie éternelle est un article de foi primordial, et que nul cœur humain ne saurait l’admettre absolument. Si nous comptions vraiment sur le paradis, nous souhaiterions la mort. Elle serait la plus belle fête sur cette terre. Puisque ce dogme de la vie éternelle, qui pourtant flatte notre plus fervent espoir, ne peut s’implanter en nous, comment prêter à la religion une puissance divine, agissante? Comment admettre qu’elle existe dans nos âmes autrement qu’à la surface, qu’elle soit jamais autre chose qu’un simulacre sublime?
—Il y a les martyrs,» fit le moine.
—«Ceux-là se réjouissent de la mort, c’est vrai. Mais encore la leur impose-t-on. Et puis...»
Il s’arrêta.
—«Achevez,» dit le Père Eudoxe.
—«Pardon, mon Révérend. Je ne voudrais pas vous froisser.
—J’exercerais un triste ministère si je devais me froisser d’une objection.
—Eh bien,» reprit le psychologue germanique, «la science nous démontre que le martyr qui sourit dans les supplices, est en état d’hypnose, et qu’il ne souffre même pas.»