Et comme, malgré tout, il y eut un petit sursaut et un certain froid, le bel esprit ajouta:

—«Oui, dans l’autre monde,—le nouveau,—puisque nous allons en Amérique.»

Ce pitoyable jeu de mots fit, par un ricochet inattendu, tourner la causerie vers la métaphysique.

Quand ils entendent dire: «l’autre monde», les plus légers rêvent un instant, s’interrogent, réfléchissent: «Tout de même...»

Quelqu’un prononça sérieusement:

—«L’autre monde... C’est le but de toutes les religions, et c’est aussi leur négation.»

Le double aphorisme sonnait de façon si singulière, au moins dans sa seconde partie, que le moine, malgré son détachement volontaire des bavardages environnants, tressaillit et regarda celui qui venait de parler.

—«Vous ne sauriez y contredire, mon Révérend Père,» continua le passager,—un écrivain allemand connu, qui s’exprimait parfaitement en français, et qui s’empressa de surprendre la muette interrogation de l’octavien.

Le Père Eudoxe ouvrit la bouche. Ses voisins se tournèrent vers lui curieusement, et, d’ailleurs, furent aussitôt sous le charme de sa voix.