Un soir, à table, le moine, pour la première fois, se mêla à la conversation de ses voisins.

Jusqu’alors, Gaétane de Ferneuse et lui, sans qu’aucun lien les rapprochât, observaient la même attitude: une courtoisie distante à l’égard des autres convives, et, en fait de paroles, l’échange de quelques phrases banales, sur la santé, le temps ou le service, indispensables à des gens dont le silence voulu se tempère d’une parfaite éducation.

Cette soirée-là était violemment belle, par les flamboyantes ardeurs du couchant, où des brumes, peut-être annonciatrices d’orage, emmagasinaient les derniers rayons du soleil. La chaleur était lourde. Par les fenêtres grand’ouvertes de la salle à manger, donnant sur la galerie circulaire du premier pont, s’apercevaient une mer immobile, glacée d’améthyste, d’incarnat et de soufre, puis le double horizon, mauve et cendre à bâbord, ruisselant à tribord sous une pluie de sang mêlé de feu.

—«Quelle splendeur!» s’écria l’un des passagers.

Un autre questionna:

—«Cela ne nous présage-t-il pas une tempête, commandant?»

Le marin éclata de rire, moins pour railler le propos que pour en atténuer l’effet.

Mais l’inquiétude ne s’éveillait pas pour si peu. L’heure était douce, le dîner réussi. Un de ces moments où les plus poltrons narguent le danger, parce que, physiquement, ils n’y croient pas.

On vanta la sécurité qu’offrait La Vendée et l’habileté du capitaine. Un plaisantin prononça gravement:

—«Cela ne nous empêchera point de passer dans l’autre monde.»