L’idée des actions prochainement émises, de leur hausse assurée dans l’avenir, des parts de fondateur, des situations dans le conseil d’administration, de tous ces flots d’or qui allaient couler, allumèrent les yeux fatigués, ternis, du vieux de Prézarches, les prunelles charbonneuses de Varouze. Tous deux, pour un instant, oublièrent la beauté de Micheline.
Autour de la table glissaient les pas assourdis des domestiques en livrée de deuil. Une argenterie massive couvrait la nappe. Aux murs se déployait la sombre magnificence des tapisseries anciennes. Il y avait dans ce lieu comme une solennité de richesse.
«Quel morceau à dévorer, si l’Affaire Valcor devait se rouvrir!...» pensa involontairement le président de la Cour de cassation. Mais il se hâta d’imposer silence en lui-même à cette voix indiscrète. Certaines choses ne sont pas bonnes à se dire, surtout quand on se sait capable de les faire.
«Le gaillard a l’air pourtant rudement sûr de lui!» songea encore Varouze, en observant ce type extraordinaire, cet homme d’un attrait viril et superbe, digne de faire dédaigner la jeunesse par toutes les femmes, et d’une valeur intellectuelle si forte, avec un don d’autorité tellement irrésistible.
—«Ne pensez-vous pas retourner en Amérique, mon cher Valcor?» demanda l’ancien ministre des Relations Industrielles.
—«Mais si... peut-être... quand ma fille sera mariée,» répondit Renaud, qui venait de rencontrer le regard inquiet de Micheline.
Sa phrase fit rougir Amaury de Servon-Tanis.
Mais, comme les autres convives le questionnaient encore sur la Valcorie, voulaient lui faire préciser ses projets et ses plans, il eut un sourire.
—«Oh! tout à l’heure, messieurs, au fumoir. Je n’ai pas habitué mademoiselle de Valcor à ces arides questions.»
Ils s’excusèrent. Le repas s’achevait, d’ailleurs. On se leva. Le comte de Prézarches vint offrir son bras à la fille de la maison.