Le dépit d’Isabelle entre ses deux amoureux trop circonspects devait être arrivé à l’exaspération. Un troisième larron survint... Je laisse penser avec quel enthousiasme il dut être accueilli.

Seulement, avec celui-là elle changea de tactique. Elle vit promptement que la finesse d’esprit, le charme de la voix et des manières, le sentiment artistique, n’auraient sur lui qu’une faible prise. C’était une sorte de juif portugais, un tripoteur d’affaires immensément riche; un gros garçon à la peau brune, aux cheveux noirs et frisés, aux yeux luisants et ronds comme ceux d’un nègre, que le charmant visage et la taille svelte d’Isabelle avaient séduit.

Il alla vivement en besogne.

Dès le premier rendez-vous, il lui offrit un magnifique diamant. Et elle, éblouie, lasse de sa longue lutte avec un esprit supérieur—lutte qui d’abord l’avait amusée et qui maintenant l’énervait,—avide d’un amour moins austère où elle se relâcherait de la rude surveillance qu’elle exerçait à tout instant sur elle-même, tomba dans les bras de ce joyeux viveur, se disant qu’après tout c’est ainsi qu’on tient les hommes, et qu’un libertin ne pouvait pas être plus difficile à mener à la mairie qu’un philosophe.

Octave découvrit cela un soir, rien qu’au regard de cette femme, au son de sa voix, à d’imperceptibles indices. Lorsqu’il lui eut dit:—Qu’avez-vous donc aujourd’hui, chère amie?... Et qu’elle se fut récriée à cette simple question comme à une offense, sur un ton à la fois agressif et gêné, il l’amena sous la clarté de la lampe, afin de la regarder au fond des yeux, et déjà trop sûr de ce qu’il y verrait.

Elle se débattit, elle se plaignit qu’il lui blessât les poignets; elle détourna la tête pour qu’il ne la vît pas en face. Alors, lui, sentit comme un effondrement; et, bien qu’il n’eût jamais eu d’amour pour elle, et qu’il eût vécu toujours préparé à toutes les désillusions, il dut se raidir contre le vertige de sombre tristesse qui, pendant une seconde, troubla la force de son âme.

Après l’avoir observée en silence, il lui dit ce qu’il devinait.

Elle nia.

Il se dirigea vers la porte, la ferma, et prit la clef. Puis il revint vers la jeune femme, que son calme effrayant épouvantait, et il lui déclara qu’elle ne sortirait point de la chambre avant d’avoir avoué la vérité. Il ajouta qu’elle n’avait rien à craindre de lui, et qu’il était trop désintéressé dans la question pour se livrer à aucune violence.

Elle ne le crut pas, et pensa toucher à sa dernière heure. Mais le danger même auquel elle supposait être exposée lui prêta une exaltation factice; elle dit tout, donnant les détails, affermissant sa voix, prolongeant le récit. Elle y mit à la fin une certaine fanfaronnade; et, voyant qu’Octave l’écoutait sans l’interrompre et ne s’enflammait point, elle termina en l’accusant, lui reprochant d’être la cause de tout, puisqu’il avait persisté à ne point vouloir l’épouser.