Elle était debout devant lui, et attachait sur son visage un regard qui m’empêcha d’examiner le reste de la personne. Ce regard était si doux, si mélancolique, si poignant dans sa profondeur anxieuse et attristée! Les yeux d’où il s’échappait comme une flamme étaient si grands et si beaux! Cependant je garde le souvenir d’une taille élevée, svelte sans maigreur, aux lignes élégantes accusées par un costume de velours et de faille noirs très ajusté; et d’un visage régulier, dont les traits fins et pâlis d’émotion paraissaient, dans la lumière électrique, ceux d’une délicate statuette. Et, sous le front blanc, illuminant d’un rayon sombre et vivant cette physionomie qu’une angoisse visible rendait rigide comme du marbre, resplendissaient les inoubliables prunelles. Toute l’âme de la jeune femme semblait jaillir vers celui qui s’en allait, dans une douleur intraduisible et dans une interrogation suprême.
Et moi, je compris bien ce que demandait ce regard à l’homme qui n’avait jamais dit qu’il aimait.
Lui, il ne semblait point deviner, mais je savais bien qu’il souffrait. Comment, dans un moment pareil, pouvait-il conserver ce ton détaché qu’il affectait encore?
—Adieu, chère belle, dit-il. Envoyez-moi de vos nouvelles, et pensez à moi quelquefois.
—Toujours, répondit-elle d’une voix pénétrante, à l’harmonie singulière.
—Toujours, c’est bien long, reprit-il en raillant encore. J’espère seulement que ce sera longtemps.
—Toujours, répéta-t-elle avec la même voix.
Le sifflet de la locomotive déchira l’air, et je sautai hors du compartiment. Octave s’y élança.
Je le vis se pencher par la portière. Il saisit la petite main qui se tendait encore vers lui... Son expression changea tout à coup.
Il hésita une dernière seconde, puis lançant à son tour un regard qui ne le cédait point en passion à celui qu’il rencontrait: