Eh bien, écoutez-les... Ce sont toujours les mêmes.
Qu’importe que je sache un art qui peut charmer,
Puisque vous demandez, en vos doutes suprêmes,
Si je sais mieux aimer?
Qu’importe que j’emprunte une langue divine,
Si vous ne voyez pas, sous les mots précieux,
Ces choses que, sans voix, on lit et l’on devine
Dans un éclair des yeux?
Ainsi vous connaîtrez, en parcourant le monde,
Tous les obscurs chemins par où l’homme a marché,
Et mon cœur qui se montre, ô misère profonde!
Vous restera caché.
Vous irez retrouver, dans son ombre farouche,
Avec son sens perdu, l’hiéroglyphe sacré;
Mais, en vous rappelant quelque mot de ma bouche,
Vous direz: «Est-ce vrai?»
Vous interrogerez les colonnes, les dômes,
Les piliers de granit du temple au vaste front,
Et vous les croirez, eux, ces muets, ces fantômes,
Lorsqu’ils vous répondront.
Mais si, malgré les dieux à la morne attitude,
Qui de leurs peuples morts nous gardent chaque trait,
Devant vos yeux lassés, dans votre solitude,
Mon visage apparaît;
Vous aurez aussitôt ce sceptique sourire,
Que je comprends trop bien pour vouloir m’en blesser;
J’en souffre, et je vous plains... Tout ce que je puis dire
Ne saurait l’effacer.
Voilà bien, voilà bien la douleur éternelle,
L’angoisse de l’amour, et l’effroyable émoi
Où l’on crie, en dépit de l’étreinte charnelle:
«Cet être est-il à moi?...»
Pourtant les mots sont doux; quoique vains, ils vous plaisent,
Comme un chant dans les bois ou la plainte des mers;
Sans vous guérir, qu’au moins les miens parfois apaisent
Vos souvenirs amers.
Quand vous ignoreriez combien leur source est vive,
Qu’importe!... je me trouve heureuse, simplement,
De penser que leur note attendrie et plaintive
Vous délasse un moment.