De nos illusions, de la folle espérance,
Il a vu commencer et finir le pouvoir:
Règne court, séparant de l’heureuse ignorance
Le tranquille savoir.

Depuis quelques mille ans à peine l’âme humaine
Par un songe divin s’est voulu consoler,
Et ce songe, en la route où son destin la mène,
Déjà va s’envoler.

Ayant vu tout cela, ces choses que l’Histoire
Cache sous sa sévère et froide majesté,
Elle qui, d’un état fragile et transitoire
Fait une éternité;

Ayant vu cet abîme et sondé ces problèmes,
Vous deviez rapporter, chercheur audacieux,
Le dernier mot voilé par tant d’obscurs emblèmes
Sur terre et dans les cieux.

Et moi qui vous admire, et moi qui vous envie,
J’ai levé sur vos yeux mes yeux mouillés de pleurs,
Pour apprendre de vous à dérober ma vie
Aux stériles douleurs.

Je vous ai demandé: «Par quoi faut-il sur terre,
Par quoi faut-il emplir nos cœurs, qui n’ont qu’un jour?»
Vous m’avez répondu, vous, le savant austère:
«Emplissez-les d’amour.»

Quoi! l’immense univers n’a point comblé le vôtre?
Parmi tout ce qui naît et tout ce qui périt,
Quoi! nul bien ne valait un autre cœur, un autre
Qui pour vous seul s’ouvrît?

Vous m’avez révélé ce mystère suprême;
Vous m’avez dit: «Le monde et le ciel éclatant
Sont un gouffre effroyable et vide à moins qu’on n’aime,
N’aimât-on qu’un instant.

«De l’homme disparu chaque infime vestige
Dévoilerait vraiment trop d’atroce douleur,
Si l’amour n’entr’ouvrait sur sa cendre, ô prodige!
Son immortelle fleur.»

Partout il a germé, l’amour qui nous enivre;
Vous l’avez vu partout où votre esprit plongea;
Et vous venez me dire: «Il faut aimer pour vivre.»
Je le savais déjà.