Pourquoi je l’ai aimé
Pourquoi donc l’ai-je aimé? C’est très étrange à dire.
O mon cœur! réponds, toi. Pourquoi donc l’ai-je aimé?
Tu sortais cependant d’un bien affreux martyre;
Je te croyais fermé.
Ton sang avait coulé bien longtemps goutte à goutte;
Des pleurs, des pleurs cruels, avaient terni mes yeux.
Ah! s’il avait souffert, je comprendrais sans doute,
Mais il semblait heureux.
Ce n’est pas la douleur qui joignit nos deux âmes,
On ne la lisait pas dans ses regards de feu;
Il était fier et fort, et les chagrins des femmes
L’irritaient quelque peu.
L’amour, pour lui, n’est pas le dieu qui nous tourmente:
C’est un enfant joyeux jouant sur son chemin;
Il se penche, et lui rit... C’est une fleur charmante,
Qui se fane en sa main.
Une chose pourtant lui paraissait amère,
C’est que la fleur d’un jour, détruite sans pitié,
Portât si rarement sur sa tige éphémère
Le fruit de l’amitié.
Et j’ai cru deviner que, dans la solitude,
Le plus hardi marcheur à la fin devient las.
Ce n’était point l’amour, mais la sollicitude
Qui manquait à ses pas.
L’amour... Il en savait l’ivresse ardente et brève,
Le secret égoïsme et les transports jaloux.
Peut-être, malgré lui, nourrissait-il un rêve
Plus profond et plus doux.