Et moi, qui pressentis cette vague détresse
Dans un être si fort et si maître de soi,
J’eus l’éblouissement d’une immense tendresse
Montant soudain en moi.

Présenter à sa soif la coupe intarissable,
Être son ombre fraîche et son moment d’oubli,
Voir en cette âme haute, avec ce grain de sable,
L’équilibre établi;

Être mieux que sa sœur et mieux que sa maîtresse;
Être le souvenir qu’il berce en souriant
Quand luira sur son front l’éclatante tristesse
Du ciel de l’Orient:

Voilà l’ambition douce et passionnée
Qu’ont fait naître en mon cœur ses beaux yeux inconstants.
Et lorsque de l’aimer je me suis étonnée,
Il n’en était plus temps.

Philosophie

Je songe bien souvent à votre œuvre profonde,
A ce plan gigantesque en votre esprit conçu:
Retracer pas à pas le chemin que le monde
Poursuit à son insu.

Cet unique chemin, où, dans l’ombre éternelle,
Tout en semblant errer, marche le genre humain;
Où jadis de ses dieux la bonté paternelle
Le guidait par la main.

Vous contemplez partout les forces impassibles.
Sans pouvoir présumer leurs effets à venir,
Sans décider non plus sur leurs causes possibles,
Et sans les définir;