Mes yeux en ce moment les arrosent de pleurs:
Tandis que, loin de moi, vous risquez votre vie,
Un songe a cette nuit ravivé mes douleurs.

Enfin vous reveniez... La gloire qu’on envie
Couronnait votre front, pâli par vos travaux;
Je m’avançais vers vous, interdite et ravie.

Plus sacré qu’un fétiche adoré des dévots,
Sur mon sein, le collier, éclatant témoignage,
A notre ancien amour marquait des jours nouveaux.

Et moi je le touchais, le tendre et noble gage;
Vers lui, d’un geste fier, j’appelais vos regards:
Vous comprendriez bien son mystique langage.

Horreur! vos yeux si beaux se dilatent, hagards...
Entre mes doigts tremblants se rompt la fine chaîne,
Et les perles soudain roulent de toutes parts.

Alors je m’éveillai dans une étrange peine.
C’était un songe vain... Mais quoi! j’entends toujours
Le bruit sinistre et doux du collier qui s’égrène.

Il est là, ruisselant sur l’écrin de velours,
Intact et pur, ainsi qu’en moi la foi jurée;
Les seuls joyaux épars sont mes pleurs lents et lourds.

Ma douleur à sa cause est bien peu mesurée,
Mais l’amour rend crédule au présage trompeur
L’âme la plus hautaine et la plus assurée.

Et, malgré ma raison, ce rêve me fait peur.