Le Collier de Perles

Lorsque votre départ désespéra mon âme,
Tandis que je songeais à vos futurs dangers,
Un doute vous saisit touchant mon cœur de femme.

Parfois les doux serments deviennent mensongers.
Vous prîtes un collier que porta votre mère:
Des perles, en trois rangs chatoyants et légers.

«Si vous n’avez pour moi qu’un amour éphémère,
—Dîtes-vous—si l’absence en vous sème l’oubli,
Évitons au retour toute parole amère.»

«Si le rêve d’un jour doit être enseveli,
Sans un mot rendez-moi ces perles, et ma lèvre
Ne protestera point contre un fait accompli.»

«Une mâle douleur n’a pas de plainte mièvre,
Puisse un jour ce collier, chère âme, à votre cou,
M’annoncer le bonheur dont mon exil me sèvre.»

Hélas! et de vos mains je reçus le bijou.
Vous aimiez ma tendresse et vous fuyiez loin d’elle:
Tant l’homme en ses désirs est inconstant et fou.

Mais dans mon triste cœur je la sens éternelle.
Qu’on mette en mon cercueil vos perles, si je meurs!
Jusqu’au fond du tombeau je vous serai fidèle.