Vous en souviendrez-vous?... Sur cette rive étrange,
A l’ombre des palais, au bord du lac sacré,
Parmi les temples d’or baignés des flots du Gange,
L’avez-vous murmuré?
L’avez-vous dit parfois, descendant en vous-même,
Non plus prêt à me fuir, non plus comme un adieu,
Mais sûr de votre cœur, et dans l’ardeur suprême
D’un solennel aveu?
L’avez-vous dit ainsi loin de moi?... L’Inde antique
N’a-t-elle point, jalouse, épié le secret
Qui, devant sa beauté rayonnante et mystique,
Rendait votre œil distrait?
Oh! pour vous quelquefois j’ai peur de sa vengeance.
Sur la jungle fiévreuse erre un souffle de mort,
Et le tigre royal rôde avec diligence
Dès que l’homme s’endort.
Oh! j’ai peur... Gardez-vous, s’il vous souvient encore,
Lorsque vous me quittiez, de votre dernier mot,
Dans les bois, sur le fleuve, ou près du roc sonore,
De le dire tout haut.
Car la nature altière, imposante et terrible,
Que vous étudiez, connaît bien son dessein;
L’homme, vile poussière, est passé dans son crible,
Et se perd dans son sein.
Rien pour elle n’est moins qu’un être et qu’une vie.
L’Inde veut l’âme esclave et joue avec la chair.
En prononçant mon nom, craignez qu’elle n’envie
Un souvenir trop cher.
C’est moi qui redirai, lorsque mon cœur se serre,
Et tremble pour vos jours auxquels il est lié,
Ce mot magique et doux, ce mot qui fut sincère,
Mais peut être oublié.
Et quand vous reviendrez, s’il n’est pas sur vos lèvres,
Je n’en parlerai point, nous resterons amis.
Vous voulez plus encor que l’amour et ses fièvres,
Et je vous l’ai promis.
[1] Voir [page 101] le départ et l’adieu d’Octave.