Je ne le saurai pas; je marche à l’aventure.
Tout l’Univers circule en mes veines de feu,
Matière ou bien pensée, astre, air, fleur ou ciel bleu.
J’accomplis les destins de l’immense Nature
Aussi fatalement que l’atome et que Dieu.

Moi, qu’emplit la pitié, je me sais implacable;
Implacable, aussi bien pour me laisser souffrir
Que pour briser des cœurs que j’ai voulu chérir.
L’affreuse vision du mal inévitable
M’épouvante, et parfois je souhaite mourir.

Car je redeviendrais une poussière inerte,
Sans nerfs, sans jeux, sans cœur, sans amour et sans soins;
Insensible instrument, j’ignorerais du moins
L’horreur de consommer jour après jour ma perte;
Les maux que je ferais auraient d’autres témoins.

Et vous, que berce au loin la mer étincelante,
Quand le soleil rougit les vagues de cristal,
Que vous dit la splendeur du monde oriental?
Nul désir n’émeut-il votre âme vigilante?
Vous courbez-vous sans plainte au joug du sort fatal?

Pénétrer le secret des forces souveraines,
Vous suffit-il?... D’un œil tranquille et d’un cœur fier,
Les verriez-vous étreindre et broyer votre chair?
Ah! du fond du néant j’aime insulter ces reines,
Et pleurer longuement sur tout ce qui m’est cher.

Inquiétude

Vous reviendrez un jour de votre exil farouche;
Un jour vous reverrez notre ciel pâle et doux;
Mais l’adieu qu’en partant me laissa votre bouche,
Vous en souviendrez-vous?[1]

Au fond de votre cœur et de votre mémoire,
Ce tendre mot d’adieu, faible écho du passé,
Tout un monde inconnu, surgissant dans sa gloire,
L’aura-t-il effacé?