Mais l’espoir, qui vous suit sur votre longue route,
Qui vous ramène à moi tel qu’au soir des adieux,
Dépend de l’Avenir, dont j’épie avec doute
Le mot mystérieux.

C’est pourquoi j’éternise une heure passagère,
Où mon cœur doucement a cru vous deviner;
J’y vivrai jusqu’au jour où votre voix si chère
Viendra m’en détourner.

Lettre écrite au Printemps

Hier, la neige encor couvrait les plaines mornes:
Les flots étaient changés en cristaux clairs et durs;
Et nos cœurs se taisaient, pleins de doutes obscurs,
Dans les limpides soirs aux tristesses sans bornes,
Quand la lune montait, lente, au fond des cieux purs.

Et ce matin, voici comme une molle haleine
Flottante autour de nous dans les airs attiédis;
L’eau ruisselle en torrents sur les prés reverdis,
Et la forêt, de vie et de voix toute pleine,
Semble tendre au doux vent ses grands bras engourdis.

C’est un moment rempli d’ineffable surprise.
Nous savions que l’hiver devait s’enfuir un jour,
Pourtant nous éprouvons, dans le soudain retour
De ce baiser d’en haut, de cette chaude brise,
Comme l’émoi causé par un naissant amour.

Pour moi, j’ai mieux encor que cette vague ivresse;
Je vois dans le printemps la fin de votre exil.
Je ne murmure plus: «Hélas! reviendra-t-il?»
Le souffle des beaux jours a chassé ma détresse,
Je respire l’espoir en son parfum subtil.

Ah! oui, vous reviendrez... Tout l’annonce et le chante.
Dans mes songes déjà je crois voir sur la mer,
La proue à l’occident, filer un grand steamer.
Il sera, ce retour dont l’image m’enchante,
Doux autant qu’autrefois le départ fut amer.