Venez... Nous reprendrons nos longues causeries;
Dans nos cœurs éprouvés nous lirons jusqu’au fond.
Au-dessus des humains et du vain bruit qu’il font,
Quelle extase ravit deux âmes attendries
Lorsqu’une intimité sublime les confond!

L’amour nous a conduits par de mystiques voies.
Vous l’accusiez un jour d’avoir trop tard uni
Nos cœurs, où plus d’un rêve,—hélas!—s’était terni;
Mais il nous préparait d’inconcevables joies,
Car il nous mûrissait pour le moment béni.

Il nous fallait d’abord devenir forts et graves,
Avoir beaucoup lutté, cherché, compris, souffert.
Vu l’abîme des temps sous nos pas entr’ ouvert,
Et dominé le sort tranquillement, en braves,
Pour que le vrai bonheur enfin nous fût offert.

Ce que nous nous dirons par les douces soirées,
Dans le bruit de la ville ou le repos des bois,
Sera tendre et profond, mais austère parfois;
Car nos mains ont touché bien des choses sacrées;
L’angoisse du néant fera trembler nos voix.

Mais un arôme fin monte du sol humide,
Où la neige d’hier a doucement fondu.
C’est le printemps, ami... Vous êtes attendu.
Un petit passereau module un chant timide,
Puis s’étonne, et soudain vole tout éperdu.

Oh! combien je jouis de ces métamorphoses!
Chacune tour à tour va grandir mon espoir.
Des fleurs!... Il va s’ouvrir des fleurs sur le sol noir!
Venez... Il ne faut pas faire mentir les choses,
Et les arbres m’ont dit que je vais vous revoir.

Le Retour

Il est donc terminé, ce long, ce pesant rêve,
Où mon cœur vous suivait bien loin sous d’autres cieux.
Vous êtes près de moi. Mon regard qui se lève
Va rencontrer vos yeux.