Vous oublierez l’horreur de notre destin sombre
—Naître pour vivre seuls et mourir tout entiers—
Parce que l’humble fleur dessinera son ombre,
Le soir, sur vos sentiers.

Et comme elle a conçu de folles jalousies.
Son calice profond, dans l’air des hauts sommets,
Changera ses parfums suivant vos fantaisies,
Sans s’épuiser jamais.

Afin que vous goûtiez toute joie auprès d’elle;
Car son âme de fleur a conçu le dessein
De vous offrir ainsi, pour vous garder fidèle,
Mille amours dans son sein.

L’Inde Bouddhique

Ami, j’ai vu par vous les régions splendides
Où vous avez erré si longtemps loin de moi;
Votre amour et vos soins, qui m’y servent de guides,
M’en ont ôté l’effroi.

J’ai plongé sans péril en leur puissant mystère;
Vous seul avez porté le poids des lourds travaux;
Vous seul avez bravé, dans votre exil austère,
Mille dangers nouveaux.

Moi, je jouis en paix de votre œuvre hardie.
O voyageur, aux mains pleines d’illusions!
La sphère où je circule est par vous agrandie,
Car j’ai vos visions.

Si vous avez vécu dans les siècles antiques,
Que les temples déserts vous semblaient contenir,
Moi, je hante aujourd’hui tous ces hautains portiques
Dans votre souvenir.