Pour naître, nous quittons tes entrailles fécondes;
Pour vivre, il faut ton air qui joue en nos poumons,
Il faut tes fruits, ton blé, la fraîcheur de tes ondes;
Pour aimer, il nous faut les caresses fécondes;
C’est aussi sur ton sein que nous nous endormons.

Avons-nous tant parlé pour découvrir ces choses?
Cent siècles ont passé, le jour est-il plus beau?
Paraît-il dans les nids plus de métamorphoses,
Plus d’étoiles au ciel, plus de feuilles aux roses,
Depuis que nous restons penchés sur un tombeau?

Quoi! mourir est-il donc un problème si sombre?
N’est-il point de splendeur dans un couchant vermeil?
Tout s’éteint, douce loi. Pendant les nuits sans nombre,
Alors que nous fermions nos paupières dans l’ombre,
Nous est-il arrivé de craindre le sommeil?

Apprendrons-nous enfin à garder le silence,
A demeurer muets devant les morts pensifs?
A quoi bon tant de mots? Lorsque, avec violence,
La passion en nous se déchaîne et s’élance,
Nos plus informes cris sont les plus expressifs.

Que valent nos discours? En supposant un être
—Un monstre, un malheureux—qui n’eût jamais aimé,
Et qui, voulant un jour à cette aurore naître,
Dans des livres choisis chercherait à connaître
Les douloureux bonheurs dont le monde est charmé:

Sentirait-il, du chœur confus de nos paroles,
Monter le frisson fou qui dévore la chair,
Et l’éblouissement qui met des auréoles
Blanches autour du front riant de nos idoles?
Saurait-il tout le prix de ce qui nous est cher?

Non: ceci ne s’apprend qu’au fond des yeux sans voiles,
Dans les bras enlacés et dans les cœurs unis,
Dans les torrents de feu qui parcourent nos moëlles.
Pour savoir ce qu’on doit savoir sous les étoiles,
Fermons le livre obscur, et regardons les nids.

Toujours