Repentir
Je suis triste, ô grands bois! j’ai péché contre vous.
Vous courbiez sur nos fronts vos feuillages si doux,
Qu’assombrissait la nuit divine;
Et nous pouvions errer en nous disant tout bas
Ces choses, que, souvent, l’oreille n’entend pas
Tandis que le cœur les devine.
Hélas! et mes discours vous ont tous mis en deuil.
J’ai laissé s’élever la voix de mon orgueil
Dans votre auguste et pur silence,
Et j’ai blessé celui qu’en secret vous charmiez.
Dites, m’écoutiez-vous quand vous vous endormiez
Au vent du soir qui vous balance?
Lui—lui, qui s’irritait—ne souffre déjà plus;
Car j’ai chargé son mal de baumes superflus;
J’ai guéri sans peine sa plaie.
Il sait que je suis fière et qu’il était jaloux,
Et que l’amour parfois, dans ses caprices fous,
Met notre âme ainsi sur la claie.
Mais vous, m’accordez-vous aussi votre pardon?
Vous avez par moments de doux airs d’abandon,
Qu’avec ivresse je contemple;
Vous murmurez des bruits tendres comme des mots,
Et vous arrondissez vos superbes rameaux
Ainsi que les arceaux d’un temple.
Le jour, des fleurs sans nombre émaillent vos sentiers,
Vous êtes rayonnants, sur vos sommets altiers,
L’azur tend ses immenses toiles;
Mais je vous aime mieux dans le calme des soirs,
Quand vous êtes pensifs, et que vos arbres noirs
Pour fruits d’or portent des étoiles.
Si jamais j’ai rêvé de bonheur infini,
Sans cesse j’y mêlais votre charme béni,
O grands bois frissonnants et sombres!
Afin de l’enchanter d’un songe surhumain,
J’avais conduit celui que j’aimais par la main
Dans la profondeur de vos ombres.
Et, puisque je l’ai fait souffrir dans ces beaux lieux,
Puisqu’il a pu, sous votre abri mystérieux,
Douter de mon amour sans bornes,
Je vous croirai toujours irrités contre moi,
Et je verrai toujours en tressaillant d’effroi
Frémir vos hautes cimes mornes.