Oh! dans un clair esprit lire comme en un livre,
Surprendre sa pensée et la faire revivre
En des rythmes légers;
D’un être grave et fort vaincre l’orgueil austère,
L’entendre murmurer que rien ne vaut sur terre
Nos aveux échangés!
Découvrir à la fois dans la main que l’on presse
La virile énergie et l’exquise tendresse,
Un ferme et cher soutien.
Être deux, se livrer sans jamais se connaître,
Et se trouver nouveaux et plus charmants peut-être
Après chaque entretien.
Aimer tous deux les champs où frissonnent les roses,
Les flots bleus, les parfums, les puériles choses,
Les bois mystérieux,
Accueillir la gaîté qui rit et qui s’éveille,
Et fixer sur la vie, étonnante merveille,
Un regard sérieux.
Tout voir, tout admirer, tout chercher, tout comprendre
Au fond d’un cœur, miroir qui prend tout pour tout rendre,
Cœur à notre âme uni;
Savoir que rien n’est beau ni grand qu’il ne reflète,
Et, comme en s’y peignant l’univers s’y complète,
Y trouver l’infini.
O rêves, rêves d’or que formait ma jeunesse,
Vous êtes devenus, riants et pleins d’ivresse,
Une réalité.
Je ne demande rien que prolonger cette heure:
Dieu même n’en ferait pour moi point de meilleure
Dans son éternité.
La Nature et l’Amour
Ainsi donc, ô vallons! ô lacs purs! ô retraites
Où rayonne l’amour sur la bruyère en fleur,
Ils ne vous ont chantés, les orgueilleux poètes,
Qu’au sein de leur douleur.
Ils ne vous ont parlé, par leurs voix immortelles,
Que lorsqu’en vos abris ils sont revenus seuls,
Et qu’ils n’ont plus trouvé sous vos ombres si belles
Que d’horribles linceuls.