Suprême Bonheur
Rêves de ma jeunesse, ô mes rêves sublimes,
Qui jadis habitiez d’inaccessibles cimes,
Mes beaux oiseaux sacrés!
Vous êtes descendus vivants parmi les hommes,
Dans la réalité triste et sombre où nous sommes,
Purs, vous êtes entrés.
Je vous croyais trop beaux pour ce monde où tout pleure,
Et voici que soudain au toit de ma demeure
Se suspend votre vol;
Quand l’aube luit, j’entends frémir vos douces ailes,
Et, le soir, vos chansons me font oublier celles
Du divin rossignol.
Mes yeux vous ont suivis, pleins de larmes amères,
Lorsque vous sembliez, visions éphémères,
Fuir au sein de l’azur;
Mon cœur de votre adieu se brisait en silence...
Et voici qu’aujourd’hui votre nid se balance
A l’angle de mon mur.
Que vous êtes charmants, fiers et joyeux, mes hôtes!
Je vous ai vus planer dans des sphères très hautes,
Parmi des rayons d’or;
Tremblante, j’admirais votre splendeur farouche;
Mais vous apparaissez, sous ma main qui vous touche,
Plus radieux encor.
L’un de vous est l’Amour, sûr, profond et fidèle,
L’Amour au vaste essor, dont le large coup d’aile
Vibre dans l’infini;
L’autre est l’Intimité, qui fait une deux âmes;
L’autre est la Poésie, à l’aigrette de flammes,
Chantant son chant béni.
Tous vous êtes venus, chers captifs de ma vie.
Un seul eût pu me rendre heureuse à faire envie;
Pourtant j’aurais souffert:
Car mes vœux insensés vous appelaient ensemble;
Mais le sort en un jour à mon seuil vous rassemble,
Et mon ciel s’est ouvert.
Amour!... Culte du beau!... Communion suprême!...
Oh! sentir qu’on s’élève au-dessus de soi-même,
Que le cœur s’agrandit,
Que l’on voit de plus loin la foule et ses mensonges,
Parce qu’un œil aimé plein de merveilleux songes
Doucement resplendit!