Mais, beau tigre enfermé dans ma passion folle
—Cage où s’épuiserait votre fureur frivole,—
Comment partiriez-vous, étant ainsi captif?
De vos grands fauves morts, couchés, les yeux sans flamme,
Certes je verrai l’un avant vous fugitif!
Car pour vous rendre libre il faut briser mon âme.
[4] Voir, pour ce sonnet et le suivant, la description du salon
d’Octave, [page 36].
La Panoplie
Vers l’angle où l’ombre douce attire le regard,
Dans la pourpre enchâssé, l’acier pur étincelle;
On dirait qu’un sang frais en longs filets ruisselle
Sur le tranchant aigu du clair et fin poignard.
Le courbe yatagan lance un éclair hagard;
Sa gaine s’est usée à battre sur la selle;
Et cette svelte dague, arme charmante, est celle
Où Tolède épuisa son adresse et son art.
Toutes les voici donc, l’atroce avec l’exquise,
Chacune ayant été par vous au loin conquise,
Ces lames dont la pointe aime à percer les chairs.
Leur lit d’obscur velours les porte inassouvies,
Car des cruels baisers qui leur furent si chers
La soif les brûle encor, ces buveuses de vies.