Cher tyran qui prenez ma vie,
Vous me la rendez quelquefois,
C’est lorsque j’écoute, ravie,
Votre voix.
Ou bien lorsque mon regard plonge
Dans votre œil au rayon béni,
Et que je m’enivre d’un songe
Infini.
J’aime inventer des rimes folles,
Pour vous les murmurer tout bas;
Vous n’êtes de leurs sons frivoles
Jamais las.
Alors qu’ainsi je vous enchante,
Quand vous vous inclinez vers moi,
Et que le rythme ailé vous chante
Mon émoi:
Nous avons le bonheur suprême,
Et tous nos désirs superflus
Ne demanderaient à Dieu même
Rien de plus.
Les Peaux de Tigre[4]
Hier, dans le salon, de votre marche égale,
Vous tourniez lentement, tandis que je songeais;
Vos pas foulaient le poil des tigres du Bengale,
Fauve, pailleté d’or et marqueté de jais.
Vos voyages lointains ont orné cette salle;
Vingt pays ont produit ces merveilleux objets.
Tout en pressant du pied la peau, robe royale,
Vous formiez de nouveaux et hasardeux projets.