Féconde illusion, que notre âge méprise,
Indestructible Espoir d’un bonheur inconnu,
Une fausse sagesse en vain veut qu’on te brise,
Dans le fond de nos cœurs tu fleuris ingénu.

C’est toi qui nous conduis sur la route entreprise,
Qui nous fais accomplir un progrès continu,
Et chaque vin d’amour dont notre âme se grise
De ton fruit immortel à longs flots est venu.

Par toi, dont le pouvoir les inspire et les fonde,
Mille religions ont consolé le monde,
Les martyrs ont chanté, voyant le ciel ouvert.

Ce siècle se croit grand parce qu’il te renie:
Ta forme change—hélas! nous en avons souffert—
Mais rien ne détruira ton essence infinie.

XIII
Le Caractère

Un peuple est noble ou vil par son seul caractère;
L’esprit, dans ses destins, n’agit qu’au second rang.
Les sentiments acquis, partage héréditaire,
Lentement transformés, coulent avec le sang.

Le type originel siècle à siècle s’altère;
Un trait parfois subsiste et s’en va grandissant;
Puis tout à coup surgit un héros solitaire
Qui saisit en sa main ce levier tout puissant.

Un désir, un besoin, un espoir, une haine,
Tels sont les fondements de la puissance humaine,
Et tout ce qu’on élève est bâti là-dessus.