Bien que nous franchissions une sphère plus haute,
Vos antiques erreurs nous induisent en faute,
Nous aveuglant encor malgré tous nos flambeaux.

Car le passé de l’homme en son présent subsiste,
Et la profonde voix qui monte des tombeaux
Dicte un ordre implacable, auquel nul ne résiste.

A MES VERS

A mes Vers

Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles,
Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes,
Quelquefois l’ont charmé.
Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices!
Puisque mon bien-aimé respire avec délices
Votre souffle embaumé.

Vous l’avez consolé sur la rive lointaine.
Sans le quitter jamais, dans sa route incertaine,
Vous chantiez sur son cœur.
Un peu de moi par vous vivait sur sa poitrine;
Il sentait naître en lui l’espérance divine
A votre accent vainqueur.

Le soir, il s’asseyait, lassé, pour vous relire;
La farouche forêt, vibrant comme une lyre,
Tout à coup se taisait;
Il n’entendait que vous dans l’immense nature,
Et le pesant souci de sa rude aventure
Un instant s’apaisait.