VIVIANE.

Gœthe n'appartenait-il pas au peuple par sa naissance?

DIOTIME.

La famille de Gœthe était d'humble origine; son bisaïeul ferrait les chevaux dans le comté de Mansfeld, son aïeul taillait le drap. Devenu maître en sa profession et citoyen de la ville de Francfort, où il était venu s'établir et où il se maria deux fois, en possession d'une petite fortune bien acquise, le grand-père de notre poëte avait pu quitter les ciseaux et donner à ses fils l'éducation libérale. L'un d'eux, Jean-Gaspard, celui qui fut le père de Wolfgang, épousa une jeune fille riche de la famille syndicale des Weber, qui, pour se rehausser selon la mode du XVIe siècle, avait latinisé son nom et se faisait appeler Textor. C'était un jurisconsulte distingué; il reçut de l'empereur Charles VII le titre de conseiller impérial, ce qui ne l'empêcha pas de mettre dans son blason trois fers à cheval, en mémoire de ses origines.

MARCEL.

J'ai vu ces trois fers à cheval sculptés sur la maison où l'on dit que votre poëte est né. Au-dessus des fers à cheval, il y a une étoile.

DIOTIME.

C'est l'étoile du matin, pour laquelle l'auteur de Faust avait un culte et qu'il voulut ajouter au blason paternel; emblème de la poésie rayonnant sur l'industrie.

ÉLIE.

Vous dites que Jean-Gaspard était conseiller impérial. Comment y avait-il des conseillers impériaux dans une ville libre? car Francfort était bien alors une république, n'est-ce pas?