Pour Gœthe comme pour Dante, mon cher Marcel, la femme dans ce qu'on pourrait appeler sa double nature, doublement mystérieuse et sacrée, la femme vierge et mère est un être supérieur à l'homme.

MARCEL.

Mais pourquoi? Elle est visiblement inférieure en force physique; elle est inférieure en génie, car elle n'a jamais rien inventé; et quant à son être moral, il me semble que les récits bibliques ne laissent aucun doute sur son infériorité.

DIOTIME.

À mes yeux, il n'y a ni supériorité ni infériorité d'un sexe sur l'autre. Les deux sexes ont des dons qui leur sont communs, et chaque sexe a une supériorité qui lui est propre. Mais si je devais traiter à fond ce sujet, il me faudrait vous dicter tout un livre; cela ne vous amuserait guère, et ce n'est pas ici le lieu. Nous n'avons besoin de savoir en ce moment qu'une seule chose: l'opinion de nos deux poëtes. C'est poétiquement que Dante et Gœthe mettent la femme au-dessus de l'homme. Dante, tout pénétré de l'idéal catholique, tel qu'il s'est dégagé peu à peu des rudesses bibliques et des sévérités qui restent encore dans l'Évangile, a mis dans la prière de saint Bernard, au dernier chant du Paradis, toute la sublimité de son sentiment, tout son idéal de l'amour féminin. Béatrice, dans ses cantiques, semblablement à Marie, est toute beauté, toute grâce, toute miséricorde, toute compassion. Même au sein de la béatitude, elle se trouble à la vue des périls de Dante; elle est remplie d'angoisses pour son ami; pour «son ami qui n'est point l'ami de la fortune,»

L'amico mio e non della ventura.

dit-elle avec une subtilité charmante et toute féminine. Elle a une hâte, une impatience toute féminine aussi, de le voir délivré des ténèbres et des bêtes féroces. Elle presse Virgile de voler à son secours: au secours de son fidèle, de «celui qui l'aima tant et qui sortit pour elle de la foule du vulgaire.» Ses beaux yeux, «plus brillants que les étoiles,» se voilent de pleurs. Elle veut être consolée,

L'aiuta si ch' io ne sia consolata.

ÉLIE.

Est-ce que cette compassion, ces larmes, ce besoin de consolation dans le ciel, sont bien orthodoxes?