VIVIANE.
Te voilà bien pressé! Moi, je ne quitte pas la grève qu'on n'ait promis d'y revenir demain. Je ne me sentirais pas ailleurs aussi recueillie, aussi bien disposée à entendre ce que Diotime doit nous dire encore.
DIOTIME.
Vous me voyez couverte de confusion. J'ai disserté sans fin, et je m'aperçois qu'à peine j'ai abordé mon sujet.
VIVIANE.
C'est bien pourquoi il nous faudra revenir. Le silence de cette grève m'attire. Le lointain accompagnement des vagues fait merveille quand vous prononcez ces grands noms, Dante et Gœthe.
DIOTIME.
En ceci, comme en toutes choses, qu'il soit fait selon le bon plaisir de la fée Viviane.
* * * * *
Pendant qu'on échangeait encore quelques paroles et qu'on jetait un dernier regard vers les splendeurs du soleil couchant, Marcel était allé chercher les chevaux. De son côté, le cocher, après avoir attendu à Tréveneuc bien au delà de l'heure fixée, venait au-devant des promeneurs. Un moment, Grifagno hésita; il ne savait s'il suivrait la voiture d'où l'appelait Élie, ou bien Viviane qui, du bout de sa cravache, lui montrait le chemin des cavaliers. Mais lorsqu'il vit son ami, le petit cheval breton, partir gaiement au galop en secouant au vent sa crinière, la tentation fut trop forte; Grifagno désobéit à son maître et s'élança de toute sa vitesse vers la rapide Viviane.