Quel sombre dédain d'expression! Où donc M. de Lamennais a-t-il écrit cela?

DIOTIME.

Dans une lettre à Mme de Senft, si je ne me trompe.—Dante avait accepté une mission à Venise, où il croyait pouvoir servir les intérêts de son hôte; il ne réussit pas. Ce lui fut un avertissement de quitter les soucis de ce monde et de tourner désormais toutes ses pensées vers le ciel.

Que de fois j'ai cherché, j'ai cru suivre sa trace sur ces grèves de Ravenne, dans cette forêt désolée où gémit le vent de l'Adriatique, dans cette pineta qui mêle au bruit des flots le bruit de ses cimes sonores! Que de fois j'ai cru entendre le poëte se parler à haute voix, se réciter dans cette vaste solitude les dernières tercines de sa divine cantique, se préparant, s'initiant ainsi lui-même, par l'exaltation de son propre génie, à cette vie en Dieu dont il était tout proche!

Le 14 du mois de septembre 1321, après cinquante-six années d'une existence en proie à tant de trouble, Dante Allighieri exhala son dernier soupir dans cet asile de Ravenne qu'il avait appelé «amica solitudo» et où l'on peut croire, en effet, qu'une noble amitié, le recueillement, la claire vue de son immortalité, donnèrent quelques heures d'une paix suprême à sa grande âme inquiétée.

Sa destinée, nous l'avons vu, avait été étroitement liée aux destinées de sa patrie. Il avait été, avec toute sa génération, profondément agité par de vives curiosités, par d'extrêmes terreurs, par de fortes passions, de grandes joies et de grands désastres. Il avait reçu de son siècle tout ce qu'il était possible d'en recevoir. Il avait su ce que savaient les plus doctes; il avait rêvé, espéré, agi, pensé, douté, aimé, haï avec les plus vaillants et les plus fiers.

Plus heureux qu'eux tous, il laissait dans une création de son génie, dans une œuvre qui lui appartient en propre, l'image impérissable de ce qu'avaient été son temps, son peuple et lui-même.

* * * * *

Un moment de silence suivit ces mots. Diotime avait parlé longtemps. Les heures s'étaient écoulées. Déjà le soleil, descendu très-bas à l'horizon, plongeait à demi dans les flots.

Le premier, Marcel en fit la remarque:—La nuit vient, dit-il en s'arrêtant brusquement. Nous n'avons pas moins de trois lieues à faire pour regagner Portrieux.