MARCEL.

À la première tercine de l'enfer, que je vous priais de me traduire.

DIOTIME.

Au milieu du chemin de notre vie,
Je me trouvai dans une forêt obscure.
Avant perdu la droite voie.

Quelle simplicité dans ce début, Viviane, quel mouvement rhythmique! Et comme aussitôt l'artiste se déclare dans la manière tout imagée dont il expose l'action! Rien d'abstrait, un chemin, une forêt, un voyageur. Avec quelle franchise Dante entre tout d'abord en scène! Comme cela est personnel et vivant, familier et solennel tout ensemble! C'est le grand secret d'Homère.

VIVIANE.

Assurément, si l'on voulait bien me laisser prendre les choses comme elles semblent dites. Mais voici les commentateurs qui m'étourdissent, dès ces premiers pas, de leurs sens quadruple et de leurs allégories.

DIOTIME.

L'allégorie est ici presque aussi simple que le sens littéral. La voie droite, le vrai chemin, sont les images familières de la vie chrétienne. «Celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres,» dit le Sauveur. Les litanies comparent la Vierge à l'étoile qui guide le voyageur dans ce chemin, dont la moitié est l'âge de trente-cinq ans qu'avait Dante dans l'année 1300 où il suppose avoir commencé son voyage.

MARCEL.