Mais voilà qui est fort arbitraire. Pourquoi prendre trente-cinq ans, plutôt que trente ou quarante, pour le milieu de la vie?
DIOTIME.
Au temps de l'Allighieri, mon cher Marcel, on avait sur toutes choses des idées dogmatiques. Nourri, comme il l'était, des saintes Écritures, Dante n'ignorait pas les années comptées à l'homme par David et Jérémie: Dies annorum nostrorum septuaginta anni. Et déjà, dans son Convito, il avait dit que l'âge de trente-cinq ans est le point culminant de la vie pour les hommes bien nés, ai perfettamente naturati.
ÉLIE.
Nos paysans de l'Ouest disent encore vivre son droit âge, et ils entendent par là ne pas mourir avant soixante-dix ans.
DIOTIME.
Quant à la forêt sauvage, c'est la forêt des vices et de la barbarie, cela ne peut pas faire question. La société du moyen âge, à peine policée dans les villes et dans les cours, charmée et comme surprise de cette civilisation urbaine, figurait sous l'image de la forêt, du désert, toutes les passions brutales et anarchiques. La cité, au contraire, était prise comme emblème des vertus et des grâces. Urbanité, courtoisie, étaient les attributs par excellence des nobles esprits; les mœurs rustiques étaient en grand dédain à Florence; on y appelait la noblesse nouvelle, que l'on détestait, le parti sauvage. Dans le Purgatoire, la France est qualifiée de trista selva; dans le livre de l'Éloquence, c'est l'Italie tout entière aux mains des guelfes qui prend ce nom de réprobation.
VIVIANE.
Et cette colline, éclairée des rayons du soleil levant, que Dante veut gravir pour s'arracher aux ténèbres de la forêt, comment la faudra-t-il entendre dans votre interprétation?