N'y reconnaissez-vous pas la montagne sainte dont s'approche le prêtre au sacrifice de la messe, la montagne de vie et de délectation qui apparaît si souvent dans les livres mystiques? Ne vous rappelez-vous pas cette belle mosaïque du dôme de Sienne où Socrate et Cratès sont représentés gravissant avec effort la montagne escarpée de la vertu?
ÉLIE.
Il faut croire que c'est une image bien naturelle à l'esprit humain, car on la trouve partout. Je l'ai vue dans Hésiode, et on l'emploie jusque dans le style le moins mystique des temps les plus modernes. Souvenez-vous de cette ellipse de Mirabeau qui parle de gravir au bien public. Évidemment il y sous-entend la montagne de Dante.
DIOTIME.
Pour Mirabeau, cette montagne est celle de la vertu civique. Pour tout le moyen âge, elle est l'emblème de la vertu contemplative, et le soleil qui l'éclaire n'est autre que Dieu lui-même, le soleil des intelligences, comme dit l'Ecclésiaste, l'astre de vérité qui éclaire tout homme venant en ce monde.
MARCEL.
Cet astre-là ressemble furieusement au roi soleil de mon cher empereur
Julien; ne trouvez-vous pas?
DIOTIME.
Je ne dis pas non.
L'alto sol che tu disiri.