ÉLIE.

Saint Paul, qui emprunte à Ézéchiel cette métaphore, rend grâces à Dieu de l'avoir délivré du lion Néron.

DIOTIME.

Un autre auteur que Dante lisait beaucoup, Boëce, prend le lion comme emblème de l'orgueil et de l'ambition. Quant à la louve, partout la Bible lui donne l'épithète d'avide, de rapace. Ainsi donc, la panthère, le lion et la louve figurent trois péchés capitaux: la luxure, l'orgueil, l'avarice, qui s'opposent à ce que l'homme en général, ou Dante plus particulièrement ici, s'avance dans la voie du salut. Mais notre poëte nous avertit lui-même que, selon l'usage, son allégorie est susceptible de plusieurs interprétations, et que sa Comédie est polisensa.

VIVIANE.

Et c'est bien ce qui me décourage. Comment se décider à chercher quatre ou cinq sens différents à un seul vers?

ÉLIE.

Vous manquez de l'esprit rabbinique, ma chère Viviane. Selon les rabbins, il n'y avait pas moins de soixante et dix sens légitimes pour un seul verset de la Bible.

DIOTIME.

Et les docteurs chrétiens étaient entrés à l'envi dans cette voie, ouverte par les Juifs, de l'interprétation mystique, anagogique, tropologique, que sais-je encore? Et les commentateurs de Dante ne font rien que de conforme à l'esprit du temps en voyant dans la forêt l'emblème des calamités politiques de l'Italie; dans la panthère, cruelle et pleine de grâce, au pelage tacheté, à laquelle les rimeurs comparaient souvent les belles femmes, la démocratie des Noirs et des Blancs, ces Florentins inquiets et injustes qui semblaient nés, comme Thucydide le dit du peuple d'Athènes, «pour ne jamais connaître le repos et pour le ravir aux autres.»