MARCEL.
Des chapes de plomb, au milieu des flammes! Elles ne devaient pas durer longtemps.
DIOTIME.
Dante n'a pas inventé ce supplice. Plusieurs souverains, Frédéric II entre autres, punissaient de la sorte le crime de lèse-majesté.
Enfin, de crime en crime, d'épouvante en épouvante, de tourment en tourment, nous arrivons au neuvième et dernier cercle de l'abîme infernal. Ce cercle est divisé en quatre zones; Caïna, Anténora, Toloméa, Guidecca, où sont châtiées quatre manières de trahir dans l'humanité: la trahison envers la famille, celle envers les amis, celle envers la patrie, (c'est dans cette catégorie qu'est le terrible épisode du comte Ugolin), et enfin la haute trahison divine et humaine, le plus grand de tous les attentats selon la conscience de Dante, la trahison à l'empereur de la terre et à l'empereur du ciel, à César et à Dieu. Là, dans une sorte d'enfer de l'enfer, du milieu d'un lac de glace où les cris mêmes ont cessé, où règne l'épouvante suprême pour l'imagination italienne: le froid et le silence, sortent les épaules gigantesques aux ailes de chauves-souris et la tête monstrueuse de celui qui fut le premier des traîtres: de Lucifer, le plus beau des anges devenu l'empereur du royaume douloureux,
Lo Imperador del doloroso regno.
Dans ses trois gueules énormes il broie éternellement les trois plus grands traîtres qui furent sur la terre: Judas, Brutus et Cassius.
VIVIANE.
Brutus et Cassius avec Judas! voilà ce que je ne saurais comprendre; car enfin, pour bien des historiens, n'est-ce pas, c'est César qui est le grand traître envers le droit et la liberté, et non Brutus qui veut et croit être leur vengeur?