N'est-ce pas un peu dans ce sentiment des aïeux qu'Alfred de Vigny écrit ces beaux vers dans son poëme de L'Esprit pur que la critique a blâmé comme trop peu modeste:

C'est en vain que d'eux tous le sang m'a fait descendre.
Si j'écris leur histoire ils descendront de moi.

DIOTIME.

Sans doute.—C'est Cacciaguida, vous vous le rappelez, Viviane, qui fait à Dante cette prédiction, si souvent citée, de sa gloire future et de l'exil où il mangera le pain amer et montera l'escalier d'autrui:

Tu lascerai ogni cosa diletta
Più caramente: e questu è quello strale
Che l' arco dell' esitio pria saetta.

Tu proverai sì come sa di sale
Lo pane altruì, e com' è duro calle
Lo scendere e 'l salir per l' altrui scale.

C'est par Cacciaguida que Dante se fait approuver d'avoir quitté la compagnie des factieux guelfes ou gibelins, et de s'être fait à lui seul son propre parti:

A te fia bello
Averti fatto parte per le stesso.

C'est à ce noble aïeul que notre poëte demande conseil pour savoir s'il devra taire ou révéler à son retour ici-bas la vision qu'il a eue des choses éternelles. Dante craint, s'il redit ce qu'il a appris «dans le monde des douleurs sans fin, sur la montagne au riant sommet, et dans le ciel, de lumière en lumière,» que ses paroles n'aient une saveur trop âcre à plusieurs:

A molti fia savor di forte agrume.